Mon Avis sur La Librairie des PUF

Mon Avis sur La Librairie des PUF

Nouveau billet à propos d’un lieu de commerce innovant.

Aujourd’hui, direction le quartier du Jardin du Luxembourg où les Presses Universitaires de France (PUF) ont ouvert récemment une librairie de nouvelle génération. Et on peut parler ici d’innovation de rupture. Celle qui est susceptible de modifier en profondeur le comportement d’achat des clients.

 

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De quoi s’agit-il ?

Une librairie où le client choisit d’abord l’ouvrage dans la collection PUF qui l’intéresse sur un écran, avant de le faire imprimer sur place en quelques minutes.

Apprécions d’abord le lieu.

Façade classique et de bon goût. Dans l’esprit des librairies d’antan.

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A l’intérieur, l’espace est compté (20 m2 environ) mais agréable. Clair et accueillant. On y trouve quelques ouvrages exposés sur des étagères à gauche en entrant, ainsi qu’un petit coin café à droite.

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Le comptoir accueil trône au milieu de la pièce principale.

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Car il y a une deuxième pièce reliée à la première par un petit couloir. Et c’est là que se cache l’innovation. La machine qui imprime les livres à la demande.

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Dans cette pièce, on trouve également un écran qui diffuse des vidéos à propos d’auteurs et d’ouvrages de la Maison. Un casque vous est proposé pour bénéficier gratuitement de ce service. Histoire de patienter intelligemment.

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LE PROCESSUS D’ACHAT

1/ On navigue sur le site dédié des PUF sur une tablette posée sur chacune des tables hautes à l’entrée.

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2/ On choisit un ouvrage. Pour l’exemple, j’ai sélectionné un “Que Sais-Je” (mythique collection pour les gens nés bien avant le 21è siècle comme moi) sur la franc-maçonnerie.

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3/ J’ai l’opportunité de rajouter une annotation, une dédicace, sur la première page. Belle idée.

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4/ Je valide mon choix et ça part à l’impression. Quelques minutes de patience…

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5/ Le livre broché sort des entrailles de la machine.

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6/ C’est prêt.

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J’y retrouve ma dédicace.

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La qualité d’impression est satisfaisante. Proche de celle d’un livre de poche traditionnel.

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Je paye (après avoir bu un café).

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MON POINT DE VUE

J’ai trouvé dans cette visite de concept une illustration particulièrement claire d’une de mes convictions. Ce n’est pas la stratégie qui importe, c’est l’exécution opérationnelle de celle-ci. Car le client final ne voit que l’exécution.

L’idée la plus intelligente qui soit ne vaut pas grand chose si sa mise en oeuvre n’est pas optimale.

Et là, on est en plein dans cet enjeu.

Je m’explique :

  • L’idée des PUF est fantastique. Elle ouvre des horizons prometteurs pour le commerce du livre. Inutile de développer des grandes surfaces commerciales couteuses en capital (loyers, stocks) et en ressources humaines. Tout est disponible en un clic et “livré” en quelques minutes. Même Amazon ne peut pas lutter en terme de délai de livraison !
  • Bien sûr le choix de livres est encore limité à celui de la maison d’édition. Mais le choses pourront évoluer et les éditeurs se regrouper si le modèle économique prouve sa rentabilité.

Et pourtant, je regrette que PUF n’ait pas proposé un lieu qui soit vraiment à la hauteur de l’innovation proposée.

J’ai noté plusieurs points de faiblesse :

  • La façade. Vous voulez découvrir ce que pourrait être la librairie du XXI ème siècle ? Qu’à cela ne tienne, PUF nous propose une belle petite libraire à l’apparence très classique et sage. Aucun élément, je dis bien aucun, n’apparaît en vitrine pour inciter le chaland à découvrir l’innovation. Des livres imprimés sont classiquement exposés en vitrine. Aucune mention de la machine. Machine qu’on n’aperçoit pas depuis la vitrine d’ailleurs même en se collant devant la façade.

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  • Le branding. “La librairie des PUF” reste générique. Aucune indication de l’innovation qu’on y trouve.
  • l’agencement du point de vente : la machine est la star du point de vente. Elle est pourtant reléguée en fond de boutique. Je pense que le plan accidenté du local a peut-être poussé à ce choix mais c’est fondamentalement regrettable.
  • l’ergonomie du process d’achat : dans la boutique, aucune signalétique (vendeur muet) vous permettant d’être vraiment autonome n’est installée. Par ailleurs, les écrans sur lesquels vous faites votre sélection sont bien trop petits et malcommodes. Difficile de les utiliser sur leur petits trépieds instables. Pourquoi n’y a t-il pas de iMac ?
  • La sous-exploitation du coin café. Puisqu’ il est nécessaire de patienter quelques minutes et que regarder la machine imprimer votre livre n’est pas du tout spectaculaire (j’ai vérifié – et c’est dommage), PUF aurait du mettre le paquet sur la convivialité et le confort de ce coin café – qui devrait également servir une petite restauration.
  • Quelque jours après avoir écrit le premier jet de cet article, William Lafarge (directeur de création de l’excellent agence PUEBLO, spécialisée dans le retail et les lieux de vie. Voir les réalisations de l’agence ICI ) a conforté mon analyse en me parlant de la librairie new-yorkaise Shakespeare and Co , qui propose le même type d’impression à la demande, mais aussi un café confortable et accueillant qui fait partie intégrante de l’expérience d’achat.

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  • L’écran équipé du casque pour les vidéos est très mal placé. Dans un endroit masqué et sans confort où il n’est même pas possible de s’asseoir. Selon moi, ce service devrait être proposé dans le coin café sous forme de tablettes disposées sur chaque table.
  • Notons également que le coin café ne dispose pas d’un accès wifi automatique. Pour un endroit censé être au top de la technologie c’est dommage. Cela ne participe pas d’une expérience très valorisante.

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  • Enfin, on attendait une application mobile PUF via laquelle on pourrait accéder au service depuis son smartphone, le temps de déguster un café. Peut-être est-elle en cours de développement.

En conclusion, je crois que, fondamentalement, cette innovation sera à l’avenir mieux exploitée par des professionnels de l’hospitalité que par des professionnels de l’édition. Question de culture et d’approche client.

On a pu voir une initiative du café ZA au Forum des Halles. OK, elle n’est pas encore vraiment concluante non plus faute notamment d’une offre de livres vraiment sexy. Voir mon billet à ce sujet ICI.

A l’avenir, j’imagine plus vraisemblablement des acteurs comme Starbucks s’emparer de cette technologie pour la mettre en scène dans certains de ses salons. Un bon moyen de développer le panier moyen de clients confortablement installés.

Les lieux de trafic comme les centres commerciaux ou les gares/aéroports sont également des candidats potentiels pour tirer parti au mieux des atouts de cette technologie.

A suivre avec beaucoup d’intérêt.